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Nos vœux les plus sincères



Votre Grâce,


C’est encore nous, soussignés personnages imaginaires, qui vous souhaitons nos vœux les plus sincères. ( Dieu soit loué, vous avez vite retrouvé votre ténacité. Quelle insolence ont les pandémies, aucun sens de la hiérarchie ! )


Nous passons la soirée en compagnie d’un clown désœuvré qui prétend chevaucher son tigre malgré l’adversité. Avec lui, la bamboche n’a qu’à bien se tenir. Nul intention de confiner sa joie, quelques chips suffiront à festoyer dans les méandres de son « entre soi ». Vous excuserez le bazar. Et ce teint blafard… Et cet œil hagard… Quand l’artiste se morfond, il se soule à foison.


Remarquez, à force d’errer dans les supermarchés pour se socialiser, le bougre ne cesse de consommer. Tout à l’heure, il a rempli son caddie de mousseux, de chips et de vin bon marché. Il faut dire que sa journée avait mal débuté. Ce matin, à 15h30, il mangeait gentiment des surimis devant la grille d’un cinéma fermé. Pour rendre hommage à son métier, notre précaire déclamait Dario Fo en regardant ses pieds. ( Vous direz à Roselyne de se rencarder, on ne parle guère de cette plume à la télé) Un policier qui arpentait le trottoir, craignant pour l’ordre publique, tenta de le neutraliser. Le clown implora poliment sa pitié. Hélas, le policier se sentait ballonné et d’humeur à verbaliser. Il fallut vite se tirer et derrière un tas de poubelles, se planquer… Encore un acte poétique tristement bousillé !


Mais ce soir, nos griefs et petites misères seront mises de côté. Pas un mot sur votre ami le dictateur égyptien, oublions les magouilles et Monsieur Darmanin. Pour conjurer les affres de cette sombre année, trinquons plutôt à nos âmes sinistrées ! Pitié, votre Grâce, épargnez-nous vos bonnes résolutions. Car vos sournois projets de lois, nous les sublimerons. Que votre système s’acharne à nous étouffer, celui qui rêve ne se laisse jamais résigné.


En 2021, il sera vain de mater le tumulte de nos pensées, nos désirs refusent de se faire matraquer. L’espoir survit à nos colères. Souhaitons donc à tous les artistes de la terre les plus belles chimères. Des lendemains heureux, des promesses à tenir, de l’amour et du rire, des combats à mener, souhaitons-nous le courage de lutter et de ne plus jamais se laisser piétiner. Souhaitons-nous de défendre la liberté, que la suspicion change de côté, que les fraudes des riches soient la priorité, souhaitons des gestes de solidarité, plus de pognon pour nous soigner. Souhaitons-nous de chérir nos plaisirs, croire en chacun, ne plus mépriser ses voisins. Souhaitons nous moins d’écrans et plus de poésie, des ivresses partagées, que la roue se dépêche de tourner et que s’estompe les inégalités. Souhaitons nous pour finir un plaisir très mesquin : que la condescendance vous accable de diarrhées, chaque fois que les fragiles vous tenterez d’humilier. Précieuse est notre joie, et toutes nos émotions. Dans quelques mois, sur nos lèvres les baisers fleuriront. Et cette joie, nous ne l’oublierons pas. Nos câlins retrouvés guideront mieux nos pas.


Nous, soussignés personnages imaginaires, souhaitons à vous et vos sinistres, une joyeuse gueule de bois. Et pour nous autres : un monde moins sournois, et que chantent nos voix !


EPINE

(Ecrire nos Personnages Imaginaires Non-Essentiels)



Le Texte: Julie Cayeux

Le clown désœuvré: Jérome Revel

Le photographe: Olivier Bonnet

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